jeudi 23 novembre 2017

Grâce aux langues

Cet article a été réalisé dans le cadre de l’événement « Des blogs et des Langues », sur le thème “Ce que l'apprentissage des langues m'a apporté.” Retrouvez tous les autres blogueurs ayant partagé leur point de vue sur le blog Le Monde des Langues en cliquant ici.

10 choses que j'ai apprises grâce aux langues

Apprendre une langue, ce n'est pas juste apprendre à nommer les choses avec d'autres mots. En devant parfois prononcer des sons bizarres ou écrire des lettres barbares. En réalité, je dirais même que, pour moi, ce n'est jamais ça. Apprendre une langue, c'est apprendre autre chose et voici 10 choses que j'ai apprises grâce aux langues - celles que je savais parler, celle que je sais parler, celles que je saurai parler mais aussi celles que je ne parlerai jamais.

1 - Le ridicule ne tue pas


Avoir peur du ridicule, c'est naturel. Et c'est aussi le premier obstacle à la pratique des langues donc j'ai dû rapidement assimiler que le ridicule ne tue pas. On n'est pas ridicule parce qu'on se trompe de mot, qu'on en prononce mal un autre ou que nos phrases sont déstructurées. Enfin, si, on peut l'être mais cela ne dure pas longtemps et cela ne tue pas. Toute moquerie est d'ailleurs superflue. Je n'oublierai jamais la citation qu'un de mes professeurs anglais m'avait enseignée : "Never make fun of someone who speaks broken English. It means they know another language."

2 - Aller voir ailleurs


Connaître ses déclinaisons par cœur en allemand, c'est bien. Mais si on ne les utilise pas, cela ne sert pas à grand chose. L'allemand, justement, c'est la langue qui m'a appris à aller voir ailleurs... et surtout à aimer ça ! A 21 ans, je suis parti 6 mois à Vienne, en Autriche, pour y faire un stage. Avec pour bagage à main ma seule expérience scolaire de germaniste, je me suis demandé si ce que je faisais était bien raisonnable. Trop tard, l'avion avait déjà quitté la piste de décollage. Et c'est alors que je suis devenu gravement accro à la vie ailleurs : au cours des quatre années qui suivirent, je me suis installé dans 2 autres pays (le Canada et l'Allemagne) et en ai visité 25 autres (des États-Unis au Vietnam, en passant par la Turquie, la Suède et le Kazakhstan). Une chose est sûre : cette envie de voir ailleurs, je ne l'aurais jamais eue sans l'étude préalable des langues étrangères. Et c'est d'ailleurs pour cette raison, que je continue à en apprendre d'autres.

3 - Me débrouiller seul


L'allemand et mon expatriation à Vienne m'ont aussi appris à me débrouiller seul. Pour la première fois, j'ai dû apprendre à vivre réellement seul. Le premier défi a été de trouver un appartement sur place. De manière générale, parce que je les ai souvent apprises par moi-même, les langues m'ont permis de gagner en autonomie, notamment pour trouver les ressources pour apprendre seul et réussir à s'auto-motiver.

4 - Faire des choix


Héritier d'une culture monolingue que je me refusais à honorer, j'ai tôt fait de développer une affinité pour les langues. Les langues m'ayant accompagné pendant la majeure partie de ma vie, elles m'ont transmis une chose importante : savoir dresser les priorités et faire des choix. Le premier choix est classique et on l'a presque tous connu "allemand ou espagnol ?" (pour moi, ce fut l'allemand). Avec le lycée - et après une brève initiation au latin et au grec ancien - est venu le moment de faire un choix un peu plus délicat : "perfectionner mon anglais en section internationale ou apprendre une troisième langue". J'ai choisi la première option et quelques années plus tard, encore une fois, il a fallu résoudre une autre énigme : le temps était venu d'apprendre une troisième langue vivante, mais laquelle ? Dans mon école, j'avais un choix très large : espagnol, italien, portugais, russe, arabe, chinois et japonais. Choisir, encore choisir, toujours choisir. J'ai immédiatement éliminé l'espagnol et l'italien car je savais que je pourrais apprendre ces langues seul plus tard- et c'est d'ailleurs ce que j'ai fait. Le portugais m'intriguait mais j'y ai renoncé pour la même raison. Le chinois (mandarin) pouvait être "un choix intelligent". Tout le monde parle de cette langue comme celle du futur. Mais il s'agissait de faire mon propre choix et non d'appliquer celui des autres. Et le mandarin m'intéressait moins que les langues restantes : japonais, arabe et russe. Choisir a été très difficile mais j'ai fini par élire le russe.

5 - Être curieux


Les langues m'ont rendu curieux. Sur une quantité de choses : ça fait quoi d'être l'étranger de quelqu'un ? Comment s'exprime cet autre peuple ? Comment vit-on dans ce pays ? Quelle vision du monde ont ses habitants ? Apprendre plusieurs langues m'a permis de lever le voile sur beaucoup de ces questions. Et en même temps, plus j'apprends, et plus je suis curieux.

6 - Avoir confiance en moi



J'ai toujours été introverti. L'arrivée de l'italien dans ma vie a changé la donne. Comment parler italien sans fougue et sans les mains ? Impossible. Il est certain que l'italien m'a donné confiance en moi. La timidité en italien disparait subitement. Grâce à cette langue romantique, j'ai appris à devenir schizophrénie et c'est toujours avec un très grand plaisir que je m'exclame avec théâtralité dans la langue super-latine des superlatifs.

7 - Revoir mon sens de l'humour


L'anglais m'a initié à l'humour britannique. Je me suis alors rendu compte que si les Français aimaient être sarcastiques, bruyants voire blessants dans leur humour, les Britanniques - qui ne font rien comme nous - étaient plus friands de l'absurde, de l'humour noir et pince-sans-rire. Le personnage le plus emblématique est bien sûr Mr. Bean. Mais la connaissance de la langue peu pendue du personnage campé par Rowan Atkinson m'a surtout fait découvrir les Monty Python, Little Britain ou encore Black Books.

8 - Apprécier la différence


J'ai appris à apprécier la différence. Tout d'abord, la différence linguistique qui consiste à dire "telle langue est différente" plutôt que "telle langue est facile" (espagnol), "telle langue est belle" (italien), "telle langue est moche" (allemand), "telle langue est pauvre" (anglais) ou encore "de toute façon, telle langue est impossible à apprendre" (russe). Mais aussi la différence culturelle. Grâce aux langues, j'ai pu abordé les cultures étrangères de la plus belle façon qu'il soit. Et à cet égard, les plus beaux souvenirs que je garde sont sûrement associés à la Turquie.

9 - Ne jamais abandonner  



Le turc, c'est une langue que j'ai voulu apprendre par simple curiosité avant un voyage à Istanbul. Mais j'ai vite laissé tomber... Pourtant, Istanbul m'a tellement plu et touché que je me suis tout de suite promis que j'allais me remettre au turc. Et c'est ce que j'ai fait. Puis, je suis retourné en Turquie, toujours frustré par mon niveau. L'hospitalité des Turcs me manque tellement qu'il faudra que je remette les pieds en Turquie et que j'améliore mon turc. Grâce au turc mais aussi au russe, j'ai appris à ne jamais abandonner. Le russe est effectivement un autre bon exemple. J'ai appris le russe dans l'espoir de pouvoir étudier à Saint-Pétersbourg. Cela n'a malheureusement pas pu se faire. Ai-je abandonné pour autant ? Non. J'ai continué à apprendre en pensant pouvoir trouver un travail en Russie. J'ai décroché un entretien pour un poste à Moscou. Que j'ai eu. Avant que le poste ne soit fermé pour raisons budgétaires. Mais par amour de la langue russe, j'ai redoublé d'efforts. Aujourd'hui, je m'apprête à partir à Saint-Pétersbourg dans le cadre d'un Permis Vacances Travail. Si tout se passe bien. Rien n'est gagné. Mais peu importe. Les langues me l'ont appris : surtout, ne jamais abandonner.

10 - La PASSION



Si je ne devais retenir qu'une chose de ces nombreuses heures passées en compagnie de l'anglais, l'allemand, l'italien, le roumain, le russe, l'espagnol, le portugais, le turc, etc, ce serait LA PASSION. L'année dernière, alors que je commençais innocemment l'apprentissage de l'italien, j'ai accidentellement découvert que je ne pourrais pas vivre sans les langues étrangères. C'est à cet instant précis que je me suis rendu compte que j'étais passionné par la diversité linguistique de notre monde et que je voulais l'apprivoiser le plus possible. Cette passion qui rythme mon quotidien, je lui dois beaucoup de choses négatives également comme la frustration (de ne pas pouvoir apprendre plus encore plus vite, d'oublier des mots parfois, de ne pouvoir être dans certains pays pour les pratiquer...) et la colère (principalement causée par l'omniprésence de l'anglais et les préjugés à l'encontre d'autres langues). Pourtant, j'y ai tellement pris goût et elle m'apporte en retour tellement de choses positives que pour rien au monde, je voudrais qu'elle disparaisse. Me réveiller un jour en réalisant que les langues étrangères ont perdu tout leur attrait et leur magnétisme, que je ne veux plus les apprendre, plus les parler, plus les écouter, plus les lire, plus les écrire... que le français, après tout, me suffit largement et que ce qu'il se passe en-dehors des frontières de mon pays est sans importance. Voilà, je pense, ma plus grande peur.


2 commentaires:

  1. Super ton article ! Je suis d'accord avec toi sur tous les points et j'avoue que j'aime beaucoup ton point de vue sur ce sujet.
    Ce sont toutes les raisons que j'avais envie de montrer dans mon article mais sans parvenir à mettre des mots précis sur ce que je ressentais.
    A presto !

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  2. Merci ! Ce n'est pas toujours facile de trouver les mots pour exprimer ce qu'on ressent... même quand on parle plusieurs langues :)

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